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Lycée Français Charlemagne
Pointe-Noire, Congo

Poésie et philosophie
Article mis en ligne le 12 novembre 2014
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Du différend à la différence

Pour avoir un différend avec quelqu’un, c’est-à-dire être en désaccord, être en « mésentente », il faut avoir des points communs avec cette personne. Quels sont les points communs entre poésie et philosophie ? S’agit-il d’un certain rapport au langage ? d’un certain rapport à la vérité ? ou s’agit-il du fait que poésie et philosophie veulent dire quelque chose sur la réalité ?
Le différend entre poésie et philosophie peut être associé à la figure de Platon, qui, esquissant ce que serait la Cité idéale, réfléchit à la place à donner au poète, c’est-à-dire (en son sens antique) à l’artiste, au créateur. Pourquoi Platon estime-t-il que l’artiste est indésirable et doit être chassé de la Cité ? C’est au nom de la vérité. Les artistes sont en effet, selon le philosophe, des illusionnistes, qui nous font tenir pour réel ce qui ne l’est pas. Prenons par exemple l’objet « lit ». Le lit est un objet fabriqué par un menuisier, selon un modèle que l’on appelle Idée ou forme (eidos). Le menuisier réalise donc une copie de l’Idée de lit : c’est un imitateur. L’artiste pour sa part, qui « représente » le lit du menuisier, réalise une copie d’un objet fabriqué : il est donc imitateur d’imitateur.
Or, cette conception de l’imitation est-elle satisfaisante ? Aristote propose une réhabilitation de cette dernière en montrant que l’imitation est une disposition naturelle de l’homme, un moyen d’apprendre (elle a donc une vertu pédagogique) et qu’elle nous procure du plaisir, même lorsque les choses représentées sont désagréables, grâce à la distanciation. Aristote s’intéresse notamment à la tragédie comme genre théâtral, et montre comment va pouvoir s’opérer la catharsis, grâce au ressenti de deux émotions très fortes que sont la crainte et la pitié. Platon a donc, selon Aristote, été triplement injuste avec l’imitation : il a condamné cette dernière alors qu’elle est naturelle, il n’a pas vu combien les tragédies permettaient d’évacuer les passions, et a ignoré le fait que le théâtre pouvait être un exutoire social.
La différence fondamentale entre la poésie et la philosophie réside dans le fait que la philosophie démontre, rendant compte du réel par de « longues chaînes de raison », alors que la poésie montre. La philosophie est du côté du discursif, alors que la poésie est du côté de l’intuitif.
Philosophie et poésie ont comme points communs d’essayer toutes deux de donner du sens au fait que nous soyons ici, d’avoir comme médiation le langage, et un rapport polémique à ce dernier. Elles se servent des mots mais nous apprennent aussi à nous en méfier, dans leur utilisation familière. La généralité des mots, ne les rend-t-elle pas en effet comparables à des étiquettes posées sur les choses, nous faisant perdre de vue ce que ces dernières ont de singulier et de vivant ? Nous devons faire en sorte alors que le langage ne soit pas un piège pour la pensée. La philosophie est la voie dans laquelle le langage est porté à son plus haut degré de rigueur, la poésie celle où le langage est le plus vivant.

Intervention de Pierre PARLANT, agrégé de philosophie, devant les classes de terminales





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