Bandeau
Lycée Français Charlemagne
Pointe-Noire, Congo

"Une grande dame au Lycée Charlemagne" Prépa Charlemagne : rencontre avec l’historienne Catherine Coquery-Vidrovitch, le 7 décembre 2018
Article mis en ligne le 10 décembre 2018
Imprimer logo imprimer imprimer en pdf

L’après-midi du vendredi 7 décembre, la prépa Charlemagne a accueilli l’historienne Catherine Coquery-Vidrovitch, grande spécialiste de l’histoire de l’Afrique et en particulier de l’histoire du Congo durant la colonisation. Cette rencontre exceptionnelle avait lieu dans la nouvelle salle du CDI du lycée Charlemagne, spécialement aménagée et décorée par Madame Arquembourg, documentaliste, et par l’équipe technique du lycée.Comme il est de tradition à la prépa Charlemagne, la séance a commencé par un exposé des élèves de terminale L, Julie Dumontet et Justy Mondele. Les deux lycéens ont introduit un questionnement historique sur le parcours personnel de Pierre Savorgnan de Brazza et sur la colonisation du Congo. La professeure émérite de l’Université, Catherine Coquery-Vidrovitch, a ensuite procédé à une reprise de cet exposé. Elle a souhaité remettre en perspective la recherche des élèves en s’appuyant sur son travail de dépouillement des Archives de l’Afrique équatoriale française. Ces archives se trouvent actuellement aux ANOM (Archives nationales de l’Outre-mer) à Aix-en-Provence, contrairement à celles de l’Afrique de l’Ouest qui sont restées sur place après les Indépendances. L’historienne a ainsi pu faire partager son intime connaissance des documents avec les élèves de quatrième et de terminale présents ce vendredi. Madame Coquery-Vidrovitch a insisté sur la nécessité de mener une démarche équilibrée et critique en histoire.

JPEG - 215.9 ko
Catherine Coquery-Vidrovitch, historienne spécialiste de l’Afrique

A travers un exposé,à la précision scientifique, les vicissitudes de la colonisation du Congo français sont devenues plus concrètes aux yeux des lycéens. Le territoire de la colonie, mis en valeur [exploité] par de grandes compagnies concessionnaires couvrant plusieurs dizaines de milliers de kilomètres carrés chacune, comprenait les territoires de l’actuel Gabon et d’une partie du Tchad en plus de ceux de la République du Congo. L’historienne a dit que, pendant la rédaction de sa thèse, elle avait l’impression de faire l’histoire « de rien » parce que la colonie congolaise, s’étendant sur des territoires peu explorés auparavant, n’apparaissait pas prioritaire aux yeux des autorités française, qui n’y facilitaient pas la construction d’infrastructures. Les grandes compagnies concessionnaires étaient elles-mêmes peu stimulées par des investissements techniques insuffisants ; elles devenaient très vite dépendantes des cycles des cultures destinées à la production industrielle comme le caoutchouc. D’autres aspects de la colonisation concernant le travail forcé et le paiement de l’impôt dans la colonie ont été évoqués. En effet, la conjonction d’investissements techniques insuffisants pour rentabiliser la production des compagnies et le soutien apporté à celle-ci par l’État colonisateur en pratiquant la coercition de l’impôt, payé en journées de travail, a été à l’origine de mauvais traitements personnels et de troubles, représentant une menace pour l’image internationale de la France, placée face à la concurrence de l’État indépendant du Congo (Congo belge devenu RDC actuellement). Ces mauvais traitements sur les « indigènes », rapportés par une commission d’inspection, dirigée par Savorgnan de Brazza, en 1905, ont été scénarisés et mis en bande dessinée dans un récent ouvrage paru en 2018, de Tristan Thil et Vincent Bailly, intitulé Congo 1905, l’Affaire Brazza, aux éditions Futuropolis.

JPEG - 254.4 ko
L’espace du nouveau CDI spécialement aménagé pour la rencontre

Les élèves ont ensuite interrogé C. Coquery-Vidrovitch sur le « devoir de mémoire » qui ferait défaut sur la question de la colonisation. Espoir Moutou, élève de terminale S, a évoqué le discours de Jacques Chirac reconnaissant la responsabilité de l’État français dans la déportation des Juifs. L’historienne a répondu qu’à l’expression « devoir de mémoire », elle préférait l’expression « travail de mémoire » toujours dans la perspective de construire un récit historique, se fondant sur une réflexion critique et scientifique à partir des documents d’Archives et non sur des opinions et des jugements de valeur.

La restitution des œuvres d’Art par les anciennes métropoles aux pays d’Afrique fut aussi évoquée ainsi que la présence, puis la disparition, des chapitres traitant de l’histoire de l’Afrique dans les programmes d’histoire de cinquième.

L’intervention de Catherine Coquery-Vidrovitch, d’un haut niveau scientifique, a permis aux élèves du lycée Charlemagne de confronter leur propre réflexion aux arguments d’une professeure émérite de l’Université. Nul doute que cette expérience enrichissante les ait marqués pour longtemps et les ait aidés à se projeter vers le niveau d’exigence de leurs futures études supérieures.

Les élèves et les professeurs participant à la prépa Charlemagne transmettent leurs chaleureux remerciements à l’Institut français du Congo qui a permis l’organisation de cette rencontre.

JPEG - 232.3 ko
Madame Coquery-Vidrovitch, Julie et Justy durant l’exposé

Pascal MARSILLOUX

Forum
Répondre à cet article

Dans la même rubrique

0 | 5

Comité de pilotage E3D n°1 2019
le 17 janvier 2019
Professeur d’Anglais
le 17 janvier 2019
Fête de Noël
le 18 décembre 2018
Ciné-débat-2e-séance
le 13 décembre 2018
MOSAÏQUE@Charlemagne : les photos
le 26 novembre 2018




RSS Valid XHTML 1.0 Strict

2013 © Lycée Français Charlemagne - Tous droits réservés
Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.86.34
Hébergeur : OFIS