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lézard


Il y a bien longtemps de cela le lézard vivait caché dans la forêt équatoriale non loin des bords du fleuve Congo. Il vivait simplement, se nourrissant d’insectes et de la cueillette de petits fruits. Il n’avait qu’un regret, celui d’être aussi gris que le tronc du grand baobab. Le reptile enviait énormément son cousin le caméléon dont les écailles multicolores resplendissaient à chaque instant.

Un jour, n’y tenant plus, le lézard vint trouver son cousin et lui dit :
« Cousin, pourrais-tu me dire pourquoi toi tu possèdes ces si belles couleurs alors que je suis aussi gris que le tronc du baobab ?
— C’est là une bien bonne question, lui répondit le caméléon. Je n’en connais pas la réponse mais va au bord du fleuve, on dit que le créateur des toutes les choses y habite, il te renseignera certainement. »

Le lézard décida donc de se rendre sur les rives du fleuve.

lézards

En chemin, il rencontra une forme longue et fine aussi verte que les feuilles des papayers. Charmé par cette magnifique couleur, le lézard demanda :
« Long animal, pourrais-tu me dire pourquoi toi tu possèdes cette si belle couleur alors que je suis aussi gris que le tronc du baobab ?
— C’est une question dont je ne sais pas la réponse, lui répondit la forme qu’on appelait Mamba. Va au fleuve, tu y trouveras celui qui nous a fait et il t’expliquera. »

Le terne reptile reprit sa route.

Tout près de la piste qui menait au fleuve, il aperçut dans un marigot un animal lui ressemblant étrangement mais doté de bandes noires et jaunes. S’approchant avec prudence, le lézard questionna :
« Toi qui possèdes ces belles rayures, pourrais-tu me dire pourquoi tu possèdes cette si belle parure alors que je suis aussi gris que le tronc du baobab ?
— Je ne sors jamais de cette mare, répondit l’animal qu’on appelait salamandre, je ne puis donc te répondre mais poursuis ta route et tu rencontreras notre créateur, il te dira. »

Le lézard arriva bientôt sur les bords du fleuve. Ici, les choses étaient bien différentes de la forêt qu’il habitait : aucun arbre ne protégeait du soleil, il faisait une chaleur accablante. Le reptile dont ce n’était pas l’habitude décida d’aller se tremper la tête et la queue dans l’eau tumultueuse du grand fleuve. Il prit garde de ne pas être avalé par le courant. Au moment où il se retira, la tête et la queue encore tout humides, une bourrasque souleva un nuage de terre orange qui vint se coller sur son corps. Le lézard n’y prit pas garde et tout rafraîchi trouva bientôt celui qui dans la nature avait tout créé.

Un peu impressionné, le reptile posa la question qui le tourmentait :
« Toi qui as créé toutes les choses de la nature, pourrais-tu me dire pourquoi je suis aussi gris que le tronc du baobab alors que les autres animaux qui me ressemblent sont tous habillés de couleurs chatoyantes ?
— Lézard, répondit sèchement le créateur, que me racontes-tu là ? N’es-tu pas satisfait de ta condition ? Cette belle couleur de la terre de notre pays ne te suffit-elle pas ?
— Mais que m’est-il arrivé ? », coupa le lézard qui ne remarquait qu’à l’instant sa nouvelle apparence. Et pris de honte, il se para de toutes les couleurs : blanc, bleu, rouge, vert…

« Pour te punir de m’avoir dérangé de la sorte, je te condamne toi et tous les tiens à vous baisser et vous redresser sur vos pattes avant sans relâche à tout moment de la journée et de la nuit » ordonna celui qui avait fait les choses et les animaux.

Et c’est depuis ce jour que non seulement les lézards sont de toutes les couleurs mais qu’en plus ils exécutent frénétiquement jour et nuit ces drôles de flexions.

Manuel


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