retour au sommaire


la feuille littéraire
du lycée Charlemagne de Pointe Noire au Congo - n°18 - Novembre 2002




L E S   P O É S I E S




LA VIE

Lisse ou rugueuse,
La vie est tout en arrondis ;
En courbes
-Même disgracieuses- ;
Non géométrique :
Horreur des angles impudiques 
Sans rides et sans crevasses !

Un système métrique
Sait-il ruminer ?

Le cubiste casse de la vie
En éclats.
Dans l’abstrait, l’être se défait.
Regarde le bébé qui se fait !

La vie gémit, rit
Lorsque ses cris déchirent les voiles
De la nuit.
As-tu déjà, hors de la toile,
Rencontré l’oiseau au cœur granitique 
Muet et fatidique ?
Le cœur des tailleurs de pierre fit chanter les cathédrales
Jusqu’aux harmonies astrales.

Sa douceur moite
Sous sa couverture de peau
S’évade ;
Laissant la mort en fer blanc
Emplir de boîtes
Les entrepôts.

Horodateur
As-tu une dernière heure ?

Glorifiant la matière élastique
La vie coule, plastique
Génialement.
Elle fuse toute de son propre intérieur ;
Fureur sacrée
Et non rêve d’ingénieur.

Sans fin elle tisse ses avatars
Rien n’est hasard

Elle pénètre béton, verre et acier,
Comme les anciennes pierres des chaumières et palais,
De sa saveur salée.

La vie s’étire du point originaire à la liberté.

Merveille des pelures spiralées …
Pas d’architecture
Pétrifiée :
La vie est en épures
Esquissées.

Pas de surfaces préfabriquées
Pas de carré étriqué :
La vie foisonne en floraisons
Saison sur saison,
Au-delà des raisons.
La vie frissonne de formes indéfinies
Et parfaites
Ridicules ou sublimes !
Enfers et cimes,
Ecoutez leur musique !
Ses cris passent, telluriques,
Ecorchés, à travers plans et volumes
Ardents comme les plumes
De l’oiseau de feu.

Une ligne de sang sur du papier.
Le rocher dur, ébats du sanglier.
Les flèches parallèles du rail et du lévrier.

Tandis que
Les veines du marbre
Coulent du sablier …

L’éponge boit le rayon réfracté.
Le feuillage tremble par dessus les tôles mathématiques
Ton sourire effleure le plan incliné.

I. BELSIER





PLUS TARD …

Je suis encore jeune !
Mais aucun jour ne passe,
Sans que mon âme ne pense ;
Que cette vie si belle
Se finira un jour
Et quand ce jour arrivera,
Ce seront les jeunes du futur
Qui assisteront à ça.
Ce sera très triste certes !
Mais quand ça arrivera
Âmes et peine ne seront pas en flammes
Car on se retrouvera
Dans des milliers d'années sûrement
Mais on se retrouvera !

Djimby Marie GUEYE, 5e A





ESPOIR

Dans le néant de mon esprit assombri par ces nuits
Ton visage réapparaît telle une ombre qui luit
Laissant transparaître dans ces moments de pénombre
Une lueur qui éclaire ton image sombre

Ce sourire éclatant, de plus en plus me revient
Ce sourire si troublant bien souvent se repeint
Un sourire pourtant très familier, qui est le tien
Mais qui désormais trouve le chemin vers sa fin

Ton regard tellement perçant brise mon rêve
Ton regard trop profond dépasse mon imaginaire
Voilà que la réalité cruelle le rend chimère
Me laissant à la vie comme en manque de sève

Pour moi, tout semble alors reflet de l’ombre
Une ombre qui me plonge au fond de la pénombre
Une force lugubre s’acharnant sur nos liens
Une force funeste s’imposant au destin

Dans un petit coin obscur de mon esprit
Un brin d’étoile scintille dans le grand noir
Une lueur sombre comme le silence d’un cri
Pourtant étincelante, c’est la lueur d’espoir

Dorah EKONGA, Tle S





LES GRAINES …

Les graines, dans la terre mouillée,
Donnent naissance à des fleurs de pré.
On les observe grandir et avoir de magnifiques couleurs :
Les minuscules bourgeons éclosent et elle sont là, les fleurs !
Rouge, jaune, orange, elles sont ivres de santé !
Bleue, violette, blanche, elles ressentent le besoin de s’évader !
Elles deviennent belles, gracieuses, fragiles …
Tout à coup, des abeilles bornées et agiles
Profitent de leur naïveté pour se poser
En douceur sur elles et butiner
À leur goût ! Crédules, elles leur font confiance,
De toute leur bonne âme pure, de leur innocence.
Malheureusement, les abeilles repartent aussitôt,
Leur besogne faite, leur tournant le dos !
Elles aimeraient les revoir à cette heure,
À nouveau : mais les abeilles sont déjà loin et elles pleurent.
« Petites fleurs, douces et fragiles,
Ne vous fiez pas aux abeilles malignes et habiles,
Qui ne cessent de vous tromper
À la moindre opportunité !»
Les fleurs sourdes à ce conseil,
Continuent de permettre aux abeilles
De butiner leur pollen ; et à chaque fois, elles pleurent,
Les voyant chez toutes les autres fleurs aller.
«On vous fait un compliment et vous remerciez
En vous laissant faire ! Je vous plains, chères fleurs :
Dites-vous bien que malgré toute cette souffrance
Endurée, l’heure de votre proche vengeance
N’a pas encore sonné.  
Ce jour-là, les rôles seront inversés :
Alors vous rirez de cette brillante victoire.
En attendant vous subissez leurs abus et leur gloire».

Nawale TAMBOULA, Tle S





SEPTEMBRE, ENCORE SEPTEMBRE

Ciel de lavis gris
Mer grise
Pas d’oiseau dans le ciel d’étain endormi
Seuls les insolents corbeaux au poitrail blanc
Et les fragiles hérons blafards sur les détritus
Le squelette d’une plate-forme et le wharf oublié
Qui n’en finit pas de rouiller nos souvenirs
Ciel gris épars
Sur les tristes cocotiers
Mer grise plane
Les paillotes se fanent à mourir
Palmiers déplumés
Pas de poisson d’argent volant sous des soleils parfumés
La mer plate et glauque
Couvre les noirs aplats rocheux où veille la murène
Les vagues épuisant leurs fatigues en cadences blanches impures
Vomissent des verdures pourries
Ciel décomposé en gris
Mer morte délavée
Etouffant le ressac le ciel se dilue et emporte ses gris pluriels
Et il crachine sur le sable sale
Le pétrolier est figé
Les pirogues meurent en pointillé
Sur la grève lasse passent des solitudes murées au regard effacé.

Mais sa tête noire est apparue
Une seconde,
Toute proche, ronde et chauve :
Elle ressurgira bientôt de l’onde, ma tortue familière !

Tout est bien

N. BESTUE





WHARF 2002

Octobre 2002 ;
Je n’en croyais mes yeux :
J’ai vu le wharf …
… Sur sa ligne, un oubli scabreux …
J’ai vu le wharf …
Sur sa trajectoire limpide, le vide soudain !
… Un rêve ébréché …
Une note effacée sur sa portée
Coutumière ;
Telle une insulte grossière.
Depuis toujours,
Tranchant notre regard lointain,
Il avançait, comme inébranlable, vers l’infini.
Morte depuis plus d’une génération, elle semblait vivre
Cette chenille géométrique !

La Sirène l’a croquée !
C’en est fini !

Il n’y aura, un jour prochain,
Que les moignons de piles cariées :
Des pieux pourris d’un front déserté.

Et puis il n’y aura plus rien ;
Que l’écume.

Le vent et le sel auront tout pacifié.

S. MORIL



retour au sommaire