| retour au sommaire du lycée Charlemagne de Pointe Noire au Congo - n°20 (extraits) - 2003 L A N O U V E L L E LE MIROIR J’habite seul, et depuis si longtemps qu’il me semble que c’est depuis toujours, presque en haut de l’immeuble gris semblable à tant d’autres de la rue grise. On frappe à ma porte. N’était-ce pas plutôt comme un gong sourd très loin par derrière ma tête ? Un signal. Quel signal ? C’est comme un appel qui ne me laisse pas de choix et je vais regarder par l’œilleton qui m’offre une vue plongeante sur le vide de l’escalier décoloré jusqu’au premier palier après l’entrée principale. Depuis quand n’ai-je pas franchi cette entrée ? D’abord tout m’a semblé vide. Et puis j’ai vu le landau bizarre, le gros bébé joufflu étrangement fagoté et la nounou - dont je ne pouvais distinguer le visage - pourquoi savais-je que c’était la nourrice ? Une robe des années cinquante. En remontant au second, mon regard s’est tout de suite irrité avec l’enfant gâté qui tournait insupportablement dans les jupes de sa mère et de ses tantes volubiles. Comment pouvaient-elles être si jeunes et si « démodées » ? Mais que fait le concierge avec tout ce carnaval ? De toute façon en quoi étais-je concerné ? Peut-être à cause des yeux de l’enfant… Au troisième une bande d’adolescents sauvageons, qui se croyaient sans doute très spirituels, lançaient des slogans qui prétendaient ébranler toute la cage. Je retins des insultes ; pourtant je ne pensai même pas à ouvrir la porte. En les observant de nouveau je ressentis une insoutenable honte. Au moment où mon regard allait glisser vers les quatrième et cinquième, exaspéré par cette agitation inhabituelle, j’eus comme un pressentiment ; un malaise s’empara de moi. Je me souvins que, ces jours passés, à moins que ce ne fusse ces années passées, j’avais négligé de regarder par l’œilleton lorsque des importuns, me semblait-il, frappaient. J’eus peur de comprendre soudain. Je me reculai horrifié pour que ma vue n’accrochât pas non plus le palier du sixième. J’habitais au septième. Je me forçai à revenir contre la porte, mais en bloquant mon regard juste là, au plus près : Il y avait là un vieil homme au visage ridé, comme hargneux, mais fatigué, qui semblait appeler sans conviction, comme s’il voulait entrer. Non ! Non ! Il ne fallait pas ! Je me sentais mal : Je ne l’avais jamais vu et il me paraissait pourtant tellement familier ! J’étais maintenant terrorisé à l’idée qu’il puisse entrer et mes idées se brouillaient : Voulait-il entrer ou bien m’appelait-il à lui pour que je le rejoigne ? Etait-ce moi qui était dedans et lui dehors ou bien… ? Tout à coup je sus ! Je me retournai brutalement vers l’intérieur. Dans mon petit couloir sombre il n’y avait que la tache claire et brute du miroir : et je le vis dans le miroir ! C’était lui, mais encore plus blanc et fané. Et puis tout disparut : J’étais mort. M. BARONA retour au sommaire |