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la feuille littéraire
du lycée Charlemagne de Pointe Noire au Congo - n°20 (extraits) - 2003




L E S   P O É S I E S




CAPTURE ROYALE

Il était une fois,
Dans un pays sans loi,
Un roi qui disait : « Moi » !
Il ne disait pas « Toi ».


Il était vaniteux ;
Mais aussi très peureux.
On l’enleva chez lui,
Juste devant son puits !


La rançon exigée,
Les valets la payèrent !
Le roi fut libéré ;
Il huma le bon air !


Il avait eu très peur,
Mais ne l’avouait point !
Car il avait trop peur
D’être jeté au loin !


Julien DEIXONNE





IMPROVISATION

Entrent en moi pluies en suspens
Et mer noire ;
Entrent dans ma tête la nuit qui me ment
Des perfidies tranchantes comme des rasoirs
Et des pensées aussi noires
Que les têtes des tortues
Emergeant.

La musique « Cogelo »
Syncope la rue
Dans l’indifférence des gens ;
Aujourd’hui de partout ça bruine gris ;
« Score » casse les prix ;
Comme d’habitude, de Songolo
A fond Tie Tie
Les T-shirts masculins bombent le poitrail ;
Les bières en éventail
Sont en transes
Et dansent sur les planches ;
Les filles roulent toujours des hanches ;
Les cent-cent taillent avec frénésie leur ronde
Vive.

Des surfeurs caressent l’onde
Rétive.

Partout sommeille le gardien de la poule aux œufs d’or.

Furtive,
Tu glisses ton sourire, le soir, de boîte en boîte ;
Ce matin ton pagne était moite
Dans le dédale aux odeurs fortes
Du Grand Marché.

Shootant ma porte,
Je me suis arraché
Des tôles de ma baraque inachevée,
Laissant la télé folle qui martelait ma tête
De vide
Et je me jette dans la Cité, sans but, sans quête
Speed, speed.
J’aime fouler ce chaos
Dans mes sandales mao.

Mais je voudrais de temps en temps marcher sur tes verts marécages
Pourris,
Nourris
De tant de misères et de rêves d’oiseaux en cage ;
Ecrire sur la poussière ou la boue de tes pages :
Partir ! Partir !
Sortir !
Où ? Où ?
Par delà les forêts ou bien par delà les torchères ;
S’il le faut vendre ma chair !

Pourtant demain le ciel sera bleu, sillonné d’un bref orage

Et tu aimeras de nouveau sans rage

Les eucalyptus, les grumes et les forages ;
Les taxis bleus, les n’gandas baroques ;
L’émeraude des ngock’s ;
Le parfum des copeaux de bois rares ;
Le petit phare ;
Et les manguiers au tronc difforme ;
La tête rasée et ronde des bambins
Faisant rire ton chemin ;
Les tresses en fresques
Des fillettes
Plaquées au mur de la maison coloniale ;
Les broderies noires de mes cheveux,
Ma peau chocolat
Et les couleurs de mes gestes !

Tu crieras : Oh ! Là ! Là !
Je reste !

R. LAVELILLE





ILLUSIONS

Enfant on n’ y pense pas
On voit la vie en rose et non au plus bas.
Tout est simple et si féerique
Que l’on regrette ces jours utopiques.
Je m’étais fait un amas de désirs
Que j’aurais aimé voir se réaliser :
Mais tout ne s’est pas passé comme je l’espérais
Car à présent, je ne crois plus en mon avenir.


J’ai l’impression d’avoir été réincarnée,
Mon enfance appartenant à une vie passée…
J’ai l’impression d’avoir assisté à un incendie


On dit souvent que notre destin nous appartient :
Où peut me mener un tel chemin ?
Je suis tombée dans le piège tendu
Par mon incontournable sentier où je me perds
Et où, tel un spectre des temps anciens, j’erre…


Je marche sur les ruines d’une vie
Autrefois la mienne, à jamais anéantie.
Personne n’a encore atteint le fond
De l’Enfer où reposent ses tourments


L’étau se referme sur nous comme un abîme
Pourquoi prendre la fuite
Lorsqu’on s’attend à la suite
Sachant qu’on est perdu et condamné ?
J’accepte alors les coups durs frappés
Contre ma tempe, les illusions enfantines
Promettant un avenir meilleur sur un chant lointain de comptines…

Nawale TAMBOULA



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