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Victor hugo

À l'occasion du bicentenaire de la naissance de Victor Hugo, quelques auteurs anonymes se sont prêtés à un exercice de style particulier : écrire un poème avec dix mots qu'Hugo utilisait souvent dans sa poésie.


Décadence à l'ancienne

J'ai vu, fleurissants, les sourires de bonté.
Et puis, suintant, le pus de la perversité
Pourrir les âmes et engluer la Cité !
...Alors vinrent les nefs de l'exil apponter ;

J'ai vu l'enfant pensif comme un sage vieillard ;
Et le même, délateur, cruel et pillard.
J'ai vu l'ancien, fier et serein, tracer sa fresque ;
Puis, à deux pas de la mort, ricanant, grotesque.

Je t'avais vu défier l'abîme de la peur ;
Ne pas ciller à l'éclat d'épées ennemies.
Te voilà tout geignant, sans honte d'infamie ;
Hagard ; implorant une petite lueur.

Bientôt viendront des valets d'esclaves vomir
Sur nos femmes veules et vénales ; affalées
Dès l'aurore glauque, toutes baignées de myrrhe,
Leurs chairs offertes prostituant nos palais !

La sueur du laboureur luttant âprement ;
De preux capitaines grandir face à l'effroi !
Le cœur bondir quand surgissait l'escarpement
Terrifiant ! L'honneur faire chanter les beffrois !

Aujourd'hui tout rayon s'est éteint à jamais :
Regardez nos hommes gémissants se pâmer !
S'effacer toute dignité et festoyer
Les crapules ! Pleurer la cendre des foyers.

APC A
trait


Exil

Le vieillard endeuillé et pensif allait,
Portant avec peine son corps droit et noueux.
Un rayon de Lune coulait sur son front.
Encore une fois banni malgré ses cheveux blancs,
Il descendait le long de l'abîme
Et l'aurore était loin.

Il se revoyait gravir en riant l'escarpement dantesque
Au temps où il pensait que l'homme n'était que bonté.
Quelle illusion grotesque !
Il y avait si longtemps...
Comme lente saignée il sentait le souvenir s'effacer.
Il écouta grandir le tonnerre sur l'invisible
Et la mer mugissante et les monts menaçants.
Encore une fois dans sa trop longue vie
Il avait vainement imploré l'hospitalité de la mort ricanante
Et, muré dans sa tourmente,
Il marchait vers l'exil.

APC VH
trait


Un château dans le temps
Se riant de l'abîme,
Il bondissait,
Gravissant l'escarpement dantesque.
La forteresse était posée là-haut dans les vents,
Oriflamme de défi et de gloire.
Sur cet autel coulera le sang ennemi !

Un vautour passa
Et il fut un instant pensif...
Puis se rit du devin grotesque
Qui lui avait promis l'exil absurde dans l'ennui sans lendemain.

Il y eut bien des matins.
Lui, déployé comme un oiseau de proie sur le vide,
Attendait toujours l'aurore des aurores...

Les yeux fixes couleur brume-horizon
Et la peau pareille au rocher :
Ont passé les temps
Sans qu'un rayon n'exalte les épées ennemies sur les mornes plaines et les marécages
Où s'enlisent les ans.

Grandir et puis se faner l'amertume ;
Et puis enfin oublier jusqu'à la haine et jusqu'à la bonté ;
N'être plus que mousse sur la pierre
Et ne même pas sentir
S'effacer la vie.

APC DB
trait



Travaux anonymes proposés par Antonio Pardina. Mise en page par Vincent Cubaynes.