|
J'ai vu, fleurissants, les sourires de bonté. Et puis, suintant, le pus de la perversité Pourrir les âmes et engluer la Cité ! ...Alors vinrent les nefs de l'exil apponter ; J'ai vu l'enfant pensif comme un sage vieillard ; Et le même, délateur, cruel et pillard. J'ai vu l'ancien, fier et serein, tracer sa fresque ; Puis, à deux pas de la mort, ricanant, grotesque. Je t'avais vu défier l'abîme de la peur ; Ne pas ciller à l'éclat d'épées ennemies. Te voilà tout geignant, sans honte d'infamie ; Hagard ; implorant une petite lueur. Bientôt viendront des valets d'esclaves vomir Sur nos femmes veules et vénales ; affalées Dès l'aurore glauque, toutes baignées de myrrhe, Leurs chairs offertes prostituant nos palais ! La sueur du laboureur luttant âprement ; De preux capitaines grandir face à l'effroi ! Le cœur bondir quand surgissait l'escarpement Terrifiant ! L'honneur faire chanter les beffrois ! Aujourd'hui tout rayon s'est éteint à jamais : Regardez nos hommes gémissants se pâmer ! S'effacer toute dignité et festoyer Les crapules ! Pleurer la cendre des foyers. APC A Le vieillard endeuillé et pensif allait, Portant avec peine son corps droit et noueux. Un rayon de Lune coulait sur son front. Encore une fois banni malgré ses cheveux blancs, Il descendait le long de l'abîme Et l'aurore était loin. Il se revoyait gravir en riant l'escarpement dantesque Au temps où il pensait que l'homme n'était que bonté. Quelle illusion grotesque ! Il y avait si longtemps... Comme lente saignée il sentait le souvenir s'effacer. Il écouta grandir le tonnerre sur l'invisible Et la mer mugissante et les monts menaçants. Encore une fois dans sa trop longue vie Il avait vainement imploré l'hospitalité de la mort ricanante Et, muré dans sa tourmente, Il marchait vers l'exil. APC VH
Se riant de l'abîme, Il bondissait, Gravissant l'escarpement dantesque. La forteresse était posée là-haut dans les vents, Oriflamme de défi et de gloire. Sur cet autel coulera le sang ennemi ! Un vautour passa Et il fut un instant pensif... Puis se rit du devin grotesque Qui lui avait promis l'exil absurde dans l'ennui sans lendemain. Il y eut bien des matins. Lui, déployé comme un oiseau de proie sur le vide, Attendait toujours l'aurore des aurores... Les yeux fixes couleur brume-horizon Et la peau pareille au rocher : Ont passé les temps Sans qu'un rayon n'exalte les épées ennemies sur les mornes plaines et les marécages Où s'enlisent les ans. Grandir et puis se faner l'amertume ; Et puis enfin oublier jusqu'à la haine et jusqu'à la bonté ; N'être plus que mousse sur la pierre Et ne même pas sentir S'effacer la vie. APC DB |